Comment adapter son engagement aux temps présents ? Que faire quand nos propos sont mal compris, détournés, récupérés ? Comment entretenir une pensée critique dans un monde qui favorise l’entre-soi (chambre d’écho) ? Comment intégrer de nouvelles connaissances qui nous remettent profondément en question ? Et comment accompagner celles et ceux qui souhaitent, aussi, emprunter cette voie ?
Qui sont ces personnes qui apostasient, se convertissent, dévient de leurs voies, abdiquent, démissionnent, se rétractent, changent d’idée, renient leurs engagements, se repentissent, s’adaptent, se sabotent, refusent de parvenir, se trahissent, transitionnent, ou même commettent un suicide de classe ? Quel discours tiennent-elles sur ce mouvement de leur pensée et comment cet acte peut, sous certaines conditions, être pensé comme une forme de résistance au fascisme.
Ces questions pressantes trouvent matière à réflexion dans les écrits de Pier Paolo Pasolini (1922-1975), poète, essayiste, romancier, dramaturge, cinéaste, profondément engagé dans la société civile italienne. Nous avons identifié une éthique de l’engagement spécifique à son travail et qui se décline comme suit : a) Chacun.e devrait se considérer soi-même comme partie intégrante de ce que soi-même critique ; b) Sans nier la sincérité avec laquelle chacun.e a pris position par le passé, chacun.e devrait pouvoir abjurer sa pensée et adapter son engagement et ce, que ce soit en conséquence de la mauvaise compréhension, du détournement ou de la récupération de sa pensée, ou encore de nouvelles connaissances/expériences ou du contexte qui viennent modifier celle-ci. Cette éthique de l’engagement, nous l’avons nommée « l’éthique de l’abjuration ».
Dans le cadre de ce programme de recherche axé sur la connaissance, nous avançons que l’abjuration, telle que définie par Pasolini, est une posture de fidélité adaptative aux réalités changeantes. Ou, pour le dire autrement, ce n’est pas parce que l’on abjure que l’on cesse d’être fidèle à soi-même. Il n’existe aucune étude de l’œuvre de Pasolini qui prend comme point focal l’abjuration pensée comme une éthique, alors que cette modalité apparaît comme un leitmotiv central à la compréhension de son engagement esthétique et politique.
Ce point de départ conduira à fournir des outils pédagogiques pouvant accompagner les étudiant.e.s lorsqu’ils sont confronté.e.s à une réalité qui, ou bien les remet en question ou bien les contraigne à adapter leur engagement afin d’être mieux compris.e.s dans un contexte qui est en pleine mutation.
Par sa portée, notre étude de cas répond à un besoin sociétal urgent : celui de se doter de méthodes nous accompagnant dans la remise en question de soi et d’interroger les conséquences éthiques, politiques et sociétales qui en découlent, le tout, dans un contexte marqué par une polarisation (voire une radicalisation) des discours et une difficulté à penser de manière critique où les phénomènes de chambre d’écho produits par la médiation algorithmique participent du renforcement des croyances (des valeurs et des normes) tout comme de la complexification du dialogue.
Chercheure principale : Julie Paquette
Collaborateurices : Julie Châteauvert, Christian Dionne, Anne-Violaine Houcke, Olivier Neveux
Assistant.e.s de recherche : Joseph Ménard-Hudon (2023-2024) et Sarah Hope (2023-2025)
Financement CRSH Savoirs 2024-2029
Axes :
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Arts engagés et recherche-création
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Pédagogies engagées et pratiques de la recherche
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Émancipation