Simon Tremblay-Pepin
Critique et culture. Penser ces deux mots exige beaucoup.
Qu’est-ce qui n’est pas culture? On prétend que le champ de la culture s’arrête où commence la nature. Et que reste-t-il de la nature aujourd’hui? Comment la sépare-t-on clairement de la culture? La critique de la culture pourrait bien rapidement être critique de tout ce qui est humain. Voire même de tout ce que les humains interprètent et transforment. Alors autant dire que critiquer la culture équivaut à faire une critique de l'ensemble du monde.
D’ailleurs, qu’est-ce que la critique? Simple esprit critique – doute rationnel remettant en question les idées reçues – ou alors théorie critique s’opposant à une façon spécifique de penser héritée de la société particulière qui est la nôtre? Regard inspiré d’une conception précise du monde ou prise de recul méthodologique?
Faire une critique de la culture. Quel est donc ce projet? Quand on y pense un peu, il semble aussi vaste que mystérieux. Pourtant, il séduit. Inévitable de penser au mouvement si fort et si déterminant de la Kulturkritik qui, de Nietzche à Weber en passant par Mann et Simmel, souhaite penser la modernité sans y adhérer a priori contrairement à leurs contemporain-es. Envelopper du regard le processus englobant qui transforme alors le monde. Le but est bien sûr de comprendre, mais il est aussi de dépasser, d’agir par la pensée.
À quoi s’attaquerait la Kulturkritik aujourd’hui ? Du point de vue gramscien – auquel j’ai bien de la difficulté à ne pas constamment revenir – la culture est lieu de guerre. La transformation sociale doit avoir gagné les têtes si elle veut gagner le corps social. La Kulturkritik prend un sens à la fois militant et urgent. L’art, objet de culture par excellence, s’interprète alors sous l’angle social et politique. Il ne devient pas un plat champ de bataille où se plaqueraient les messages des uns et des autres, il prend au contraire une épaisseur, il se dote d’une riche et complexe texture. Lire plus