Commentaires sur : Réplique au texte «Libérer du conformisme une tradition en passe d’être violée par lui» Walter Benjamin et les «conservateurs de gauche» https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/articles/liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui/replique-au-texte-liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui-walter-benjamin-et-les-conservateurs-de-gauche/ Archive Raisons sociales Sun, 09 Jun 2019 13:47:41 +0000 hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.6.20 Par : Céline Hequet https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/articles/liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui/replique-au-texte-liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui-walter-benjamin-et-les-conservateurs-de-gauche/#comment-2800 Mon, 25 Apr 2016 17:28:45 +0000 https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/?post_type=articles&p=298#comment-2800 Je ne sais pas pourquoi, on ne trouve plus le texte d’Éric Martin et Maxime Ouellette sur le FB de Raisons sociales et bon, si je commente sur le site internet, je ne crois pas susciter beaucoup de débat. D’abord, désolée du délai. Ensuite, sur le fond, on ne comprend pas très bien, dans le texte de MM. Martin et Ouellette, quelle est la position des auteurs au final. Ils disent d’un côté être eux aussi contre le dualisme redistribution/reconnaissance, mais n’expliquent pas clairement comment ils articulent l’oppression des femmes et des personnes racisées à leur critique du capitalisme, si ce n’est qu’en nommant Roswitha Scholz, sans même se donner la peine d’expliquer sa théorie de la dissociation-valeur. Doit-on en comprendre que les « autres oppressions » sont justement secondaires à leur pensée? Reconnaissent-ils plusieurs systèmes d’oppression ou arguent-ils au contraire que l’effondrement du capitalisme mènerait nécessairement à la fin du sexisme et du racisme? J’aimerais entendre les auteurs à ce sujet et peut-être un peu plus au sujet de la dissociation-valeur également.

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Par : Charles Gill https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/articles/liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui/replique-au-texte-liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui-walter-benjamin-et-les-conservateurs-de-gauche/#comment-2678 Fri, 01 Jan 2016 21:32:35 +0000 https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/?post_type=articles&p=298#comment-2678 Je suis un peu attristé que les idées véhiculées dans ce texte ne trouvent pas plus d’écho dans les lieux d’échanges populaires, parce qu’il me semble que les thèses diffusées par les auteurs (et leurs collègues dans Les Racines de la liberté ou La Tyrannie de la valeur) sont des outils puissants pour comprendre notre monde et s’engager dans sa transformation.

Je suis également navré que l’on parle peut-être moins de la dimension culturelle de l’oxymore (anarchisme tory, conservateurs de gauche), car la posture d’Orwell qui semble le père de ladite formule est particulièrement intéressante. Si je ne m’abuse, c’est dans sa critique de Dickens (dans un essai intitulé simplement « Charles Dickens) qu’on la trouve pour la première fois :
« Most revolutionaries are potential Tories, because they imagine that everything can be put right by altering the « shape » of society; once that change is effected, as it sometimes is, they see no need for any other ».

Orwell remarque la puissance de Dickens : « Dickens voiced a code wich was and and on the whole still is beliveved in, even by people who violated it. It is difficult otherwise to explain why he could be both read by working people (a thing that has happened to no other novelist of his stature) and buried in Westmnister Abbey. »

Son essai permet de comprendre comment Dickens peut être terriblement critique de sa société, en étant en même temps totalement inoffensif pour le libéralisme. L’explication d’Orwell à propos de cette contradiction est d’ailleurs un exemple lumineux d’une pratique de la dialectique à laquelle nous convient les auteurs : une critique fine d’un texte littéraire (Orwell cherche à décortiquer les mécanismes, les ressorts qu’utilise Dickens) pour mieux comprendre comment, finalement, des oeuvres a priori critiques peuvent consolider le statu quo.

C’est à l’aune de ses explications que l’on peut mieux comprendre pourquoi il écrit que « All art is propaganda ». On comprend mieux pourquoi l’analyse des industries culturelles et des arts est si importante. Il y a tout un champ à travailler en combinant une critique de la culture et une critique de la valeur.

Cependant, ce chantier est à des années-lumières de correspondre aux préoccupations de la société civile. À moins de fréquenter des milieux militants, on remarquera que ce sont plutôt les préoccupations conservatrices néolibérales qui occupent tout l’espace et c’est justement pour contrer la popularité de cette vague néoconservatrice qu’il me semble que les auteurs ont cherché à travailler.

Il est capital de cerner ce qui, assez universellement, déplait dans le progrès néolibéral (rien d’autre finalement qu’une logique avancée du capitalisme décrit par Marx, si on s’intéresse à la critique de la valeur), ainsi aux «racines du mal» nous pouvons faire correspondre (pour les contrer) un gout pour la liberté qui a des profondes racines lui aussi et travailler à recoudre des solidarités pour que le plus grand dénominateur commun, lui aussi, se joigne à la métamorphose du monde. C’est le but, non?

En d’autres mots, s’assurer que la société, au lieu de se tourner vers Hayek quand elle cherche le Nord, revisite plutôt Marx. Un Marx mieux compris et plus utile. On ne peut nier que la société (le monde?) soit déboussolée, alors que le marché, lui, sait où il va. On ne peut nier la sensibilité conservatrice par laquelle un certain nombre de dérives sont ressenties. Nous avons là une surface poreuse pour distiller nos idéaux.

J’apprécie la mise au point d’Éric Martin et Maxime Ouellet, laquelle constitue une synthèse assez efficace de leurs travaux et je comprends leur hésitation : je trouve assez consternant qu’on se donne la peine d’écrire un long texte pour réfuter en quelque sorte l’utilisation de W. Benjamin par ceux-là sans même s’intéresser formellement à leurs thèses.

Félix L. Deslauriers a définitivement des choses à nous apprendre de sa lecture très fine de W. Benjamin et avant de se faire attaquer, par exemple sur son utilisation d’Orwell (exemple hypothétique), il apprécierait sans doute que l’on cherche d’abord à le comprendre. Même s’il a peut-être vu juste pour une nuance ou deux quelques aspects très précis de l’utilisation de Benjamin par E. Martin et M. Ouellet, sa contribution se situerait dans une sphère scolaire si pointue qu’on peut se douter de la pertinence de sa «raison sociale». Le travail sur l’oxymore « anarchisme tory » permet de mieux comprendre la capacité pour le libéralisme de se protéger, on arrive justement mieux à solliciter la critique de la valeur pour rénover le marxisme et en faire un instrument politique efficace.

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