Commentaires sur : Des interstices à la rupture https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/articles/des-interstices-a-la-rupture/ Archive Raisons sociales Sun, 09 Jun 2019 13:47:41 +0000 hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.6.20 Par : Raphaël Zummo https://crits.ustpaul.ca/raisons-sociales/articles/des-interstices-a-la-rupture/#comment-4 Thu, 10 Oct 2013 18:58:59 +0000 http://raisonsociales.wpengine.com/?post_type=articles&p=16#comment-4 Cher Jonathan,

Je suis largement en accord avec les perspectives de ton article. Ma seule déception tient à ce que, si tu nous convaincs de ce que le capitalisme est par essence anti-écologique, on ne voit pas aussi bien comment, positivement, la démocratisation de l’économie dans le cadre d’un socialisme participatif assurera l’instauration d’une société écologique. Tu me sembles un peu trop sous-entendre que la transformation structurelle, systémique de la société en socialisme participatif entraînera de facto une inscription écologiquement optimale de la société dans le territoire. Que cette inscription soit comparativement meilleure que celle résultant des autres modèles d’articulation entre les pouvoirs économique, étatique et social, cela semble assez évident (quoique cela mériterait plus ample démonstration que dans l’espace restreint de ton article, ce que tu as probablement fait ailleurs déjà). Mais que cette inscription soit, prise en elle-même, écologiquement optimale, cela appelle à mon avis une démonstration qui tienne en compte la sphère culturelle au sens très large.

Comment peut-on s’attendre à ce que la réorganisation procédurale de la démocratie autour du socialisme participatif donnera lieu à des décisions écologiquement optimales de la part des acteurs sociaux investis de pouvoirs nouveaux ? À cet effet, une transformation structurelle radicale n’entraîne pas ipso facto une transformation substantielle radicale (malheureusement… et heureusement à la fois – sinon nous serions peu individualisés et facilement formatables…). La transformation des habitus et mœurs relatifs à l’écologie ne dépend pas strictement de la transformation structurelle de la société. Par exemple, l’attitude « prédatrice », par opposition à l’attitude « jardinière » devant la nature, a existé avant l’avènement du capitalisme. Aussi, l’inertie consumériste du capitalisme risque de maintenir longtemps ses traces chez les acteurs sociaux arrachés à la social-démocratie néolibérale et investis de pouvoirs nouveaux. Ceci vaut dans l’autre sens également : comment les habitus – aussi bien ceux relatifs à la citoyenneté qu’à l’écologie – peuvent-ils être transformés de telle sorte qu’un projet écosocialiste participatif soit éprouvé comme désirable ? À cet effet, l’existence d’un projet politique alternatif cohérent que tu avances au dernier paragraphe m’apparaît nécessaire mais non suffisant.

À ce niveau, il me semble qu’une philosophie de la culture écologique soit un complément nécessaire (mais peut-être toujours pas suffisant !) à la philosophie écopolitique sur laquelle tu insistes davantage pour ta part. Ultimement, ce complément nous aiderait à démontrer en quoi le socialisme participatif tend à générer une sensibilité écologique et des politiques consécutives, par exemple en attirant l’attention sur l’attachement au territoire qui caractérise l’habitant par opposition à l’investisseur déterritorialisé, etc. (revue Milieu(x)). Symétriquement, ce complément pourrait également contribuer à penser des vecteurs culturels interstitiels qui nourriraient, à partir de la sensibilité écologique, une disposition favorable envers le socialisme participatif.

En tout cas, merci pour ton texte qui est comme toujours très stimulant et qui donne du cœur à l’ouvrage !

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